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DOMMAGES «COLLATERAUX»

Aman Iman

Se défaire des gâchis du passé

La rareté progressive de l'eau ne peut qu'entraîner un changement radical dans l'évolution de l'humanité. L 'homme a oublié ses origines et est aveugle même en ce qui concerne ses besoins les plus essentiels. Les prodigieux gaspillages d'aujourd'hui ne seront plus tenables demain. Comment peut-on accepter que Coca-Cola utilise annuellement . 290 milliards de litres d'eau à ses besoins, dont 176 milliards de litres rien que pour les processus de fabrication - rinçage, nettoyage, chauffage, refroidissement ?

La plus grosse part de la consommation d'eau revient toutefois à l'agriculture, qui représente 69% de tous les prélèvements d'eau douce, et dont une grande partie est subventionnée dans le monde industrialisé, ce qui n'incite pas l'agrobusiness à économiser ou a cultiver des espèces moins gourmandes en eau. Le reste se partage entre les activités industrielles (23%) et les activités domestiques (8%). Ces proportions peuvent toutefois s'inverser selon les régions et le niveau de vie : l'usage agricole correspond à seulement 30% dans les pays développés, alors qu'à l'inverse les activités industrielles représentent 59% de l'utilisation d'eau. L'usage domestique y atteint 11%.

Il est naturellement plus commode d'appeler à la responsabilisation citoyenne et de donner mauvaise conscience aux individus -le maillon faible-, plutôt que de limiter par la loi les vrais gâchis, dont sont responsables les entreprises agricoles et industrielles -le maillon fort-. C es recommandations individuelles comportent une belle dose d'hypocrisie. Elles démontrent surtout un aveu d'impuissance des Etats face aux puissances économiques. La réponse à la pénurie qui s'annonce ne doit pas se contenter de sensibiliser les populations en les invitant à l'économie, mais elle doit s'attaquer réellement aux grandes causes du gâchis.

En tout premier lieu, c'est au niveau de l'agriculture que les efforts principaux doivent se porter. L'irrigation est notoirement gaspilleuse : l'eau est gaspillée à presque toutes les étapes du cycle, par les fuites des canaux utilisés pour transporter l'eau d'irrigation, sur les terres non cultivées qui reçoivent inutilement d'importants volumes d'eau et au niveau des cultures pour lesquelles l'apport d'eau dépasse parfois les besoins. Les solutions existent pourtant. L'irrigation en pulvérisation peut réduire considérablement les quantités d'eaux employées, les jets à basse pression sont aussi une amélioration, et la construction de simples digues en terre battue peut concourir a retenir l'eau de pluie. Dans son livre « Nourrir l'humanité : Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle », Bruno Parmentier détaille ces possibilités, et d'autres encore.

Le recyclage des eaux usées représente à l'heure actuelle un potentiel largement inutilisé puisque actuellement, plus de 50 millions de mètres cubes d'eau dessalée, dont 15% issus de l'eau saumâtre, sont produits tous les jours dans le monde. Soit moins de 2% de l'eau potable consommée dans le monde est réutilisée. Le dessalement de l'eau de mer peut apparaître comme la réponse la plus intéressante aux pénuries d'eau en vertu de son potentiel. Bien qu'il existe plusieurs procédés, les deux plus couramment utilisés sont la distillation (par évaporation) et l'osmose inverse (en filtrant et désinfectant l'eau). L'osmose inverse, du fait d'une fiabilité accrue et d'un coùt légèrement moindre atteint environ aujourd'hui 55% de part de marché. Toutefois, le WWF a rappelé deux sérieux inconvénients liés au dessalement de l'eau de mer dans un rapport, en juin 2007, sur cette question : les deux procédés ont un impact négatif sur les écosystèmes marins, à cause du rejet de saumures en mer. Enfin, le rejet de CO2 n'est pas négligeable, surtout concernant le procédé de dessalement par distillation.

Passé ces problématiques se pose encore celle du coût. Car encore faut-il avoir les moyens de se le permettre. Les solutions alternatives qui consistent soit au dessalement de l'eau de mer, soit à la réutilisation des eaux usées, sont extrêmement coûteuses. La technologie nécessaire autant à la fabrication qu'au fonctionnement de ces usines de recyclage est donc hors d'atteinte pour de nombreux pays. On rejoint ici une des recommandations principales du « Manifeste de l'eau » , écrit il y a dix ans avec l'appui d'un comité d'une vingtaine de personnalités des divers continents : toute politique de l'eau implique un haut degré de démocratie au niveau local, national, continental et mondial

Enfin, et surtout, il faudra apprendre à « penser » en eau. Chaque bien produit devrait être traduit en « eau virtuelle » , c'est-à-dire le nombre de litres d'eau nécessaires pour produire un litre/kilo de ce bien. L'utilité de cette méthode est de se doter d'un ordre de grandeur. Ainsi, il est intéressant d'apprendre que le coca à un « équivalent eau » de 9 (9 litres d'eau nécessaires à le production d'1 litre de coca), l'essence 10, l'éthanol à base de canne à sucre 90, l'éthanol à base de maïs entre 400 et 1.500 selon les régions, le kilo de blé 1.160, et le bouf. entre 4.000 à 15.340 selon les modes de calcul ! L'intérêt du présent chiffrage n'est pas bien sûr de prendre les chiffres pour argent comptant, mais bien de pouvoir se donner une idée du terrible impact du monde de consommation occidental des pays développés - et très bientôt des pays émergents - sur notre environnement. Mais, plus encore, l'« eau virtuelle » nous démontre si besoin en était encore que les trois grands enjeux de ce siècle, la préservation des ressources en eau, l'enjeu énergétique et l'enjeu environnemental, sont indissociables.

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Bibliographie

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  • « Vers un pacte de l'eau » de M.Barlow (Ecosociété, 2009)
  • « L'état de l'eau en France. Les conséquences d'une exploitation irraisonnée » de C.Idoux (Delachaux et Niestlé, 2007)
  • « L'eau : source de vie, source de conflits » de Collectif (PU Rennes, 2006)
  • « Quand meurent les grands fleuves : enquête mondiale sur la crise de l'eau » de F.Pearce (Calmann-Levy, 2006)
  • « Eau douce. La nécessaire refondation du droit international » de S.Paquerot (Presses de l'Université du Québec (PUQ), 2005)
  • « L'Empire de l'eau : Suez, Bouygues et Vivendi. Argent, politique et goût du secret » de Y.Stefanovitch (Ramsay, 2005)
  • « La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? » de N.Tien Duc (Johanet, 2004)
  • « La valeur de l'eau » de Z.Bekkada (Chiron, 2004)
  • « Atlas mondial de l'eau. Une pénurie annoncée » de S.Diop / P.Rekacewicz (Autrement, 2003)
  • « De l'eau dans le prétoire » de J-P Hue (Harmattan, 2003)
  • « L'eau dans le monde, les batailles pour la vie » de Y.Lacoste (Larousse, 2003)
  • « L'eau, res publica ou marchandise ? » de R.Petrella (La Dispute, 2003)
  • « La guerre de l'eau : privatisation, pollution et profit » de V.Shiva (Parangon, 2003)
  • « Le dossier de l'eau : pénurie, pollution et corruption » de M.Laimé (Seuil, 2003)
  • « Les batailles de l'eau : pour un bien commun de l'humanité » de M.L. Bouguerra (Atelier, 2003)
  • « Tu me pompes l'eau ! Halte à la privatisation » de G.Breton (Tryptique, 2003)
  • « L'or bleu » de M.Barlow / T.Clarke (Borréal, 2002)
  • « Les services d'eau et d'assainissement en Argentine à l'heure néo-libérale » de B. De Gouvello (Harmattan, 2001)
  • « Le Manifeste de l'eau » de R.Petrella (Labor, 1998)

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