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DOMMAGES «COLLATERAUX»

Aman Iman

La guerre de l'eau remplacera-t-elle la guerre pour le pétrole ?

L'augmentation de la population mondiale - 9 milliards d'êtres humains d'ici 2050 selon l'ONU - est la composante essentielle de ce siècle. Toutes les ressources de la planète seront mises à fortes contributions, à commencer par la plus essentielle d'entre elles, l'eau. L'or bleu sera-t-il au centre des conflits futurs ?

Il n'est pas inutile de rappeler que l'eau est une ressource souvent partagée entre nations. L'ONU a répertorié 263 bassins internationaux qui traversent les frontières de deux pays ou plus. Ces bassins, où vivent environ 40% de la population mondiale, couvrent près de la moitié de la surface terrestre de la planète et constituent près de 60% de l'eau douce du globe. Une partie du territoire de 145 pays se trouve à l'intérieur de bassins internationaux, et 21 pays sont entièrement à l'intérieur de bassins internationaux. Si l'on étudie les situations de ces dernières années, la question de l'eau a entraîné plus de collaborations que de conflits. Il convient en effet de rappeler que ces cinquante dernières années, plus de 150 traités ont été signés, pour seulement 37 litiges répertoriés pour la même époque (dont une partie concerne Israël et la Syrie à propos du Jourdain et du Yarmouk). La coopération à ce propos de l'Inde et du Pakistan, pourtant en conflit depuis leur création, est un exemple significatif de coopération. Tout comme la signature d'un accord pour l'exploitation du bassin du Nil - qui concerne directement ou indirectement dix nations - conclu en 1999. Ça, c'est pour le côté positif.

Le partage de l'eau est en effet déjà au coeur des grandes tensions mondiales, notamment au Moyen-Orient. Le conflit israélo-palestinien est le plus emblématique de ce siècle. La question de l'eau y est étroitement liée. En juin 1967, 80% du bassin du Jourdain tombe sous le contrôle de l'État d'Israël, qui double alors ses réserves hydrauliques par rapport à 1948. Le 19 décembre 1968, une ordonnance militaire déclare que toutes les ressources hydrauliques sont dorénavant la propriété de l'État, complétant ainsi la confiscation des puits privés. Aujourd'hui, l'administration des ressources hydrauliques de la Cisjordanie reste sous contrôle Israélien, en application de près de 2.000 « ordonnances » et « proclamations » militaires. Voici qui, on en conviendra, donne un tout autre éclairage du conflit, notamment sur la stratégie militaire et colonisatrice israélienne. S’il est évident qu’on ne peut réduire le conflit israélo-palestinien à la simple question de l'eau, force est de constater que le contrôle de cette denrée si précieuse, dans un Moyen-Orient qui en dispose si peu, est un élément central trop peu souvent pris en considération.

Il est à parier que dans le futur, les conflits s’intensifieront au fur et à mesure que se raréfie l’or bleu. Quelques frictions actuelles peuvent déjà en donner un léger aperçu. Ainsi, le contrôle des débits du Tigre et de l'Euphrate empoisonne les relations entre la Syrie, l'Irak et la Turquie depuis longtemps. Mais l’eau peut également être utilisé comme force de dissuasion. La Corée du Sud en a fait l’expérience amère en septembre 2009 lorsque 40 millions de tonnes d'eau se sont déversées après que la Corée du Nord ait ouvert les vannes d'un barrage sur la rivière Imjin. Le barrage de Hwanggang situé en Corée du Nord près de la frontière est en mesure d'inonder ou d'assécher la Corée du Sud, et pourrait être utilisé à de fins stratégiques par la Corée du Nord. En réalité, les litiges concernant l'eau sont probablement sous-estimés par les « experts », car l'eau est parfois un motif supplémentaire d'agression sans en être la raison principale. Il en va ainsi de la volonté de la Chine de conserver sa mainmise sur le Tibet, qui s'explique partiellement par la localisation de ce dernier. Le Tibet est en effet le berceau des grands fleuves de l'Asie orientale irriguant la Chine parmi lesquels le Mékong et le Brahmapoutre. La région représente un réservoir d'eau de toute première importance pour une Chine de plus en plus dépendante de son potentiel hydroélectrique.

Entre coopération et tentation de recourir à la loi du plus fort, la gestion des réserves d'eau connaît donc des fortunes diverses. Mais, à mesure que l'eau douce se raréfiera et que la poussée démographique augmentera parallèlement, les foyers de tension grandiront et se multiplieront. À certains endroits de la planète, de nombreux conflits liés à l'eau commencent à naître, à l'instar de Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince en Haïti. Ces signaux évidents semblent incompris, en témoigne la journée annuelle de l'eau, sorte de compassion programmée tous les 22 mars dont ne débouche que trop rarement du concret. Aux célébrations de la Journée mondiale de l'eau en 2007, le Directeur général de la FAO, M. Jacques Diouf, a parlé de la pénurie d'eau comme de « l'enjeu du XXIème siècle ». De fait. Il ne s'agit pas ici de faire le plein de sa voiture mais de tout simplement survivre. Nous pouvons, non sans dommages pour nous y être pris tôt tard, nous passer du pétrole. Mais nous ne pouvons pas nous passer de l'eau. Une prise de conscience généralisée surviendra-t-elle tant qu'il en est encore temps ? C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

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Bibliographie

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  • « Vers un pacte de l'eau » de M.Barlow (Ecosociété, 2009)
  • « L'état de l'eau en France. Les conséquences d'une exploitation irraisonnée » de C.Idoux (Delachaux et Niestlé, 2007)
  • « L'eau : source de vie, source de conflits » de Collectif (PU Rennes, 2006)
  • « Quand meurent les grands fleuves : enquête mondiale sur la crise de l'eau » de F.Pearce (Calmann-Levy, 2006)
  • « Eau douce. La nécessaire refondation du droit international » de S.Paquerot (Presses de l'Université du Québec (PUQ), 2005)
  • « L'Empire de l'eau : Suez, Bouygues et Vivendi. Argent, politique et goût du secret » de Y.Stefanovitch (Ramsay, 2005)
  • « La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? » de N.Tien Duc (Johanet, 2004)
  • « La valeur de l'eau » de Z.Bekkada (Chiron, 2004)
  • « Atlas mondial de l'eau. Une pénurie annoncée » de S.Diop / P.Rekacewicz (Autrement, 2003)
  • « De l'eau dans le prétoire » de J-P Hue (Harmattan, 2003)
  • « L'eau dans le monde, les batailles pour la vie » de Y.Lacoste (Larousse, 2003)
  • « L'eau, res publica ou marchandise ? » de R.Petrella (La Dispute, 2003)
  • « La guerre de l'eau : privatisation, pollution et profit » de V.Shiva (Parangon, 2003)
  • « Le dossier de l'eau : pénurie, pollution et corruption » de M.Laimé (Seuil, 2003)
  • « Les batailles de l'eau : pour un bien commun de l'humanité » de M.L. Bouguerra (Atelier, 2003)
  • « Tu me pompes l'eau ! Halte à la privatisation » de G.Breton (Tryptique, 2003)
  • « L'or bleu » de M.Barlow / T.Clarke (Borréal, 2002)
  • « Les services d'eau et d'assainissement en Argentine à l'heure néo-libérale » de B. De Gouvello (Harmattan, 2001)
  • « Le Manifeste de l'eau » de R.Petrella (Labor, 1998)

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