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DOMMAGES «COLLATERAUX»

Aman Iman

Des océans déréglés et souillés

Tous les fleuves de la planète se déversant dans les océans, il n'est pas surprenant d'apprendre que les océans paient eux aussi un lourd tribut aux activités humaines. Mais pas seulement pour cette raison. Une étude réalisée en février 2008 par la revue Nature révèle un impact global de l'homme sur les écosystèmes océaniques beaucoup plus néfaste qu'on ne pouvait l'imaginer : plus de 40% de la surface des océans a déjà été profondément marquée par l'influence humaine et seulement 4% des eaux restent à peu près intactes. Ces ultimes sanctuaires, situés dans les zones polaires, sont toutefois menacés de dégradation rapide par la disparition grandissante de la calotte glaciaire résultant du réchauffement climatique et de la propagation des activités humaines dans ces régions. Les conséquences des activités humaines varient de façon importante selon les écosystèmes marins. Les plus gravement touchés sont les récifs coralliens, la ruppie maritime, la mangrove, les plateaux continentaux, et les glacis péri-insulaires. L'étude ne mentionne pas d'autres phénomènes qui font l'objet d'un consensus scientifique, comme le risque probable de dérèglement des grands courants marins, tel le Gulf Stream, ou les dégâts infligés à la biodiversité marine. Et elle élude une réalité trop souvent oubliée : ces atteintes à la biodiversité sont inestimables, au sens propre du terme. La vie dans les eaux douces a déjà perdu 55% de sa diversité entre 1970 et 2000. Si 240.000 espèces marines sont effectivement encore répertoriées, le nombre d'espèces que l'on risque de perdre est considérable, sachant qu'il est estimé entre 500.000 et 10 millions d'espèces marines non répertoriées.On notera que la biodiversité marine doit affronter bien d'autres périls. L'un d'entre eux et non des moindres est l 'acidité croissante des océans. Ils sont en effet d'ores et déjà 30% plus acides qu'ils ne l'étaient au début de la révolution industrielle, et ils absorbent 22 tonnes de dioxyde de carbone chaque jour. À la fin du siècle, l'acidification pourrait être une fois et demie plus élevée. « Tout indique des conséquences dramatiques pour les écosystèmes marins » a déclaré Richard Feely, océanographe à la National Oceanic and Atmospheric Administration.

Les océans sont également touchés par un phénomène de « désertification » croissante. Ce terme recouvre les zones biologiquement peu actives dont la progression s'effectue désormais plus rapidement. La superficie de ces zones augmente dans quatre bassins : Atlantique nord et sud, Pacifique nord et sud. L'Atlantique nord est le plus touché avec une croissance moyenne de ses déserts de 8,3 % par an. Au total, la superficie de ces zones désertiques a augmenté de 15% en 9 ans. Elles recouvrent maintenant 51 millions de kilomètres carrés. L'impact humain est une nouvelle fois responsable de cette extension. Les chercheurs sont parvenus à le mettre en relation avec la température des eaux de surface. Plus celle-ci s'accroît, moins l'activité photosynthétique y est forte : lorsque les couches supérieures de l'océan - celles qui bénéficient de la lumière du soleil - sont plus chaudes, elles tendent à moins se mélanger aux eaux des profondeurs, qui sont froides. Or ce mélange est nécessaire à la croissance du plancton végétal puisque ce sont les eaux profondes qui, poussées par les courants marins, amènent vers la surface les nutriments indispensables à la croissance du phytoplancton. D'autres phénomènes peuvent aussi être invoqués, comme le ralentissement des courants marins, dû à l'afflux d'eau douce aux latitudes moyennes et hautes. Comme on le voit, tout est lié.

Une observation satellite récente a démontré une nouvelle forme de l'impact des activités humaines sur les océans. Une « soupe plastique » de déchets flottant dans l'Océan Pacifique prend de l'ampleur à une vitesse alarmante. L'estimation de la taille de la plaque de déchets est variable par nature, puisqu’elle est en mouvement constant. Elle est généralement estimée entre 700.000 km² et 20.000.000 km², soit dans le cas plus élevé, le double des Etats Unis ! Un phénomène de tourbillon amène ces déchets flottants qui s'accumulent dans cet endroit du pacifique, formant une gigantesque île de déchets de 600.000 km². Ces déchets sont constitués de tout ce qui n'est pas dégradable, du plastique, des filets de pêche. 3 millions de morceaux de plastiques seraient présents par km². Dans la zone centrale, on trouve 6 kilos de plastiques pour un kilo de plancton. Tout naturellement, aucun pays ne veut assumer la responsabilité de ces déchets, ni leur nettoyage, une opération qui s'avère très coûteuse. La faune marine est en la première victime : les oiseaux marins, les poissons, les tortues de mer les ingèrent, ce qui les intoxique, leur cause des occlusions intestinales, ou les tue. Un phénomène similaire a été récemment repéré au nord de l’Atlantique, d’une surface cette fois équivalente à celle du Texas. En plus de celles de l'Atlantique et du Pacifique, trois autres gyres sont susceptibles de contenir des quantités comparables de déchets : dans l'Atlantique et le Pacifique sud, et dans l'océan Indien.
D'après le Programme Environnemental des Nations Unies, les débris de plastique causent la mort de plus d'un million d'oiseaux marins chaque année, ainsi que celle de plus de 100.000 mammifères marins. L'être humain en est la deuxième. Des centaines de millions de minuscules boulettes de plastiques, ou « granules » - les matières premières de l'industrie plastique - sont perdues ou déversées chaque année, atterrissant au final dans les mers. Les océans sont depuis trop longtemps la poubelle de l'humanité. Une partie de notre alimentation provenant de la mer, le retour de manivelle sera aussi douloureux qu'inévitable. Il n'est évidemment pas possible de nettoyer l'océan. « Autant essayer de passer le Sahara au tamis», ironise Charles Moore, le navigateur et chercheur qui a découvert l'accumulation de déchets dans la gyre du Pacifique.

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Bibliographie

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  • « Vers un pacte de l'eau » de M.Barlow (Ecosociété, 2009)
  • « L'état de l'eau en France. Les conséquences d'une exploitation irraisonnée » de C.Idoux (Delachaux et Niestlé, 2007)
  • « L'eau : source de vie, source de conflits » de Collectif (PU Rennes, 2006)
  • « Quand meurent les grands fleuves : enquête mondiale sur la crise de l'eau » de F.Pearce (Calmann-Levy, 2006)
  • « Eau douce. La nécessaire refondation du droit international » de S.Paquerot (Presses de l'Université du Québec (PUQ), 2005)
  • « L'Empire de l'eau : Suez, Bouygues et Vivendi. Argent, politique et goût du secret » de Y.Stefanovitch (Ramsay, 2005)
  • « La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? » de N.Tien Duc (Johanet, 2004)
  • « La valeur de l'eau » de Z.Bekkada (Chiron, 2004)
  • « Atlas mondial de l'eau. Une pénurie annoncée » de S.Diop / P.Rekacewicz (Autrement, 2003)
  • « De l'eau dans le prétoire » de J-P Hue (Harmattan, 2003)
  • « L'eau dans le monde, les batailles pour la vie » de Y.Lacoste (Larousse, 2003)
  • « L'eau, res publica ou marchandise ? » de R.Petrella (La Dispute, 2003)
  • « La guerre de l'eau : privatisation, pollution et profit » de V.Shiva (Parangon, 2003)
  • « Le dossier de l'eau : pénurie, pollution et corruption » de M.Laimé (Seuil, 2003)
  • « Les batailles de l'eau : pour un bien commun de l'humanité » de M.L. Bouguerra (Atelier, 2003)
  • « Tu me pompes l'eau ! Halte à la privatisation » de G.Breton (Tryptique, 2003)
  • « L'or bleu » de M.Barlow / T.Clarke (Borréal, 2002)
  • « Les services d'eau et d'assainissement en Argentine à l'heure néo-libérale » de B. De Gouvello (Harmattan, 2001)
  • « Le Manifeste de l'eau » de R.Petrella (Labor, 1998)

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