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dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
L'OMS a récemment rappelé ce scandale quotidien : 10 millions d'enfants meurent chaque année dans le monde de maladies évitables, faute de vaccin ou de traitement. Au cour du problème de l'accès des pays pauvres aux médicaments figure la question des brevets, ce qui nous renvoie à l'accord conclu en 1996 à l'OMC, mieux connu sous le nom d'ADPIC (Accord sur le Droit de Propriété Intellectuelle lié au Commerce). Remanié en 2003, il ne change pourtant en rien l'effet principal : l'assurance d'un profit optimal pour les multinationales pharmaceutiques.
En effet, la création, l'invention et la recherche sont des paramètres qui occupent une part de plus en plus importante dans le commerce. La valeur de nombres de produits de haute technicité, dont les médicaments, en dépend. Un certain degré de protection et de respect de ces droits apparaît donc fondamental au vu des dépenses engagées dans le domaine de la recherche et du développement. Les règles de commerce international concernant les droits de propriété intellectuelle - tout domaine confondu - ont ainsi été fixées et regroupées à l'OMC dans l'ADPIC. Dans le cas des médicaments, « Big Pharma » a assurément touché le gros lot. Récoltant les fruits d'un intense lobbying, les industries pharmaceutiques ont obtenu une protection de leurs brevets pour une période. de vingt années suivant leur dépôt ! Ce qui signifie concrètement qu'il est formellement interdit de copier les médicaments protégés durant cette période. Exit les génériques.
Il existe pour toutes les pandémies majeures de ce début de siècle, comme le sida, le paludisme ou la tuberculose, des médicaments génériques. Or, avec la meilleure volonté du monde, les pays pauvres n'ont bien évidemment pas les moyens de payer à leurs populations décimées les médicaments brevetés. Pour se figurer de l'énorme différence entre médicaments brevetés et médicaments génériques, il suffit de rappeler qu'avant l'arrivée des productions génériques indiennes contre le sida au début des années 2000, les prix étaient cent fois plus élevés qu'aujourd'hui. Soucieux de garantir leurs profits et de cadenasser leur position dominante, les leaders du secteur pharmaceutique ont multiplié les manouvres d'intimidations à l'encontre des pays qui ont osé s'opposer à leur volonté et celle de l'OMC. On se rappellera qu'en avril 2001, 39 laboratoires américains et européens avaient porté plainte contre le gouvernement d'Afrique du Sud - qui souhaitait fabriquer des génériques de médicaments brevetés contre le sida - avant de finalement se retirer face au tollé et à l'indignation qu'avait suscité cette action. Le procès qu'a intenté la multinationale Sanofi-Aventis début 2007 au gouvernement indien va dans le même sens.
Force est donc de constater que concernant les médicaments génériques, cette affaire ne met pas en présence un génial inventeur dépossédé des bénéfices de son invention, mais des multinationales, dominant un marché qu'elles ont pris soin de protéger de toute forme de concurrence et qui engrangent des bénéfices de plus en plus gargantuesques (le chiffre d'affaire annuel de l'industrie pharmaceutique est estimé actuellement à environ 600 milliards de dollars, contre 300 milliards en 1999). Les brevets ne sont plus là pour protéger et récompenser l'invention, ils n'existent plus que pour prolonger la rente des industriels.
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