
“ La loi, dans un grand souci d’égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. „
Anatole France
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dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
En 2009, la faim dans le monde atteindra son plus haut niveau dans l’histoire: près de 1 020 millions de personnes en souffrent chaque jour selon les dernières estimations de la FAO publiées aujourd’hui. Soit un sixième de l’humanité. L’explosion du nombre d’affamés n’est pas la conséquence de mauvaises récoltes. Elle a été précipitée par la crise économique mondiale qui a provoqué la baisse des revenus et la hausse du chômage, ce qui a réduit l’accès à la nourriture des personnes les plus démunies, a précisé l’agence des Nations Unies.
Saviez-vous que les historiens s'accordent pour dire qu'en six années, le régime Nazi est responsable directement de la mort de près de 50 millions de personnes ? Saviez-vous également que la malnutrition tue chaque jour 100.000 personnes ? Faites le calcul : la malnutrition dépasse donc largement le pire génocide jamais commis dans l'histoire de l'humanité. Mais la grande faiblesse des chiffrages, c'est leur caractère impersonnel. Alors, faites-vous plutôt la réflexion suivante : pendant le temps qui vous a été nécessaire pour lire ce petit paragraphe - une vingtaine de secondes - 4 enfants dans le monde sont morts de faim. Présenté de cette manière, c'est autrement plus interpellant.
Au total, ce sont plus de 50 pays qui sont en état de crise alimentaire quasi-permanente. On constate que la malnutrition est avant tout un phénomène rural, puisque 70% des personnes touchées vivent dans les campagnes. L'Afrique est le continent le plus durement touché, avec un tiers de ses habitants sous-alimentés. Mais la malnutrition n'engendre pas que la mort. Ses conséquences sont multiples, et toutes tragiques. Tout enfant frappé par la malnutrition au début de son existence ne rattrapera plus jamais son retard. Le fer et le zinc jouent en effet un rôle essentiel dans le développement des capacités mentales. Les risques de souffrir de difformités ou de cécité en sont également accrus. Et comme si cela ne suffisait pas, malnutrition et pandémies font bon ménage. La malnutrition diminue les capacités de résistance au VIH et accroît d'une manière plus générale les chances de contracter certaines maladies. La plupart des décès ne sont pas directement le résultat de la famine, mais bien plus souvent des maladies qui s'attaquent aux enfants vulnérables dont le corps est affaibli par la malnutrition. En réalité, les deux fléaux sont intimement liés car inversement, le décès de nombreux parents, conséquence des grandes pandémies, engendre des orphelins qui, pour autant qu'ils n'en faisaient pas déjà partie, rejoignent les rangs des sous-alimentés.
Enfin, et on aurait tendance à l'oublier trop vite, la faim est facteur d'instabilité politique et de sous-développement dans les pays où elle sévit. Car un homme qui a faim ne se soucie pas de ses droits démocratiques. On ne saurait manger son bulletin de vote. La faim occulte toute préoccupation ou revendication sociale.
Mais dans ce massacre quotidien, ce qui est certainement le plus révoltant, c'est d'apprendre de la FAO que la production alimentaire mondiale permettrait de nourrir 12 milliards d'individus. Bien sûr, le défaut majeur de ce chiffrage est de ne tenir compte ni des distances entre les lieux de production et de consommation, ni de la relation inégale entre le type de nourriture produit et les besoins réels des populations affamées, ni même de la faiblesse des pouvoirs d'achat des plus mal nantis. Mais ces chiffres, au demeurant incontestés, démontrent que potentiellement, la faim pourrait donc être totalement éradiquée de la surface de la planète. Dans le destin tragique de ces millions de victimes de la malnutrition, il n'y a donc aucune fatalité.
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