
“ Despote mal éclairé, le peuple souverain ne s'engoue pas pour ceux qui répandent la lumière, mais pour ceux qui l'éblouissent. „
Georges Elgozy
vous êtes ici :
dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
Les règles actuelles du commerce international ont un point commun avec celles qui ont existé depuis que l'humanité a jugé nécessaire de les élaborer : elles sont établies par ceux qui sont en position de force, afin de la conforter. Les « règles » de commerce instaurées lors de ces dernières décennies ont accentué cette tendance, conduisant aujourd'hui à une domination totale des nations riches sur les nations les plus pauvres. La moitié des échanges commerciaux mondiaux sont actuellement contrôlés par 22 pays, représentant à peine 14% de la population mondiale.
Bien qu'elle se drape de « négociations » et se vante d'un système démocratique où chaque pays dispose d'une voix, l'OMC, la plus haute instance traitant de commerce international, n'échappe pas à la mainmise des plus puissants. Car ce sont bien les pays riches qui fixent les objectifs de « négociations » et les pays pauvres qui les subissent. De même, lors de litiges commerciaux, ce sont uniquement les nations développées qui ont les moyens de se doter des batteries d'experts nécessaires à la défense de leurs intérêts. Les pays pauvres, qui éprouvent déjà toutes les difficultés à y maintenir un représentant permanent, ne peuvent rivaliser. Mais, dans de très nombreux domaines, les véritables vainqueurs des règles de commerce édictées par l'OMC sont en réalité les multinationales, notamment dans les secteurs de l'industrie pharmaceutique et de l'agroalimentaire. Pourtant, malgré ces faiblesses évidentes, ce système n'est pas le pire. L'échec actuel du dernier cycle de négociations (le cycle de Doha) est en train de céder la place à un danger encore plus grand : la multiplication des accords bilatéraux de commerce entre deux ou plusieurs nations, qui laissent le champ totalement libre à la loi du plus fort.
Les subventions agricoles accordées par les pays industrialisés de l'OCDE à ce secteur sont tout bonnement astronomiques. En 2006, elles atteignaient 350 milliards de dollars, contre 330 milliards de dollars en 1998. Le PNUD épingle ces subventions qui « permettent aux pays riches de garder un quasi-monopole sur le marché mondial des exportations agricoles ». En effet, les barrières commerciales auxquelles sont confrontés les pays en voie de développement pour leurs exportations sont insurmontables : elles sont en moyenne trois fois plus élevées que celles qui frappent les échanges entre les pays riches. N'oublions pas que les pays pauvres sont aussi ceux qui comptent le plus d'agriculteurs. Avec ses 75% de paysans, l'Afrique paie certainement le plus lourd tribut face aux subventions des pays développés. Ce sont ces aberrations du commerce international qui font qu'à Sandaga, le plus grand marché de l'Afrique de l'Ouest situé au Sénégal, les fruits et légumes européens sont vendus à la moitié ou au tiers du prix des produits locaux. Un exemple parmi tant d'autres.
Mais lorsqu'on observe la répartition de ces subventions à l'exportation, on se rend compte que ce ne sont pas uniquement les pays pauvres qui sont les victimes du système. Par exemple, la fameuse Politique Agricole Commune (PAC) de l'Union Européenne est loin d'être favorable aux petits paysans. Avec comme conséquence qu'au sein de l'Union Européenne, une ferme disparaît. toutes les 30 secondes. Au contraire, elle est taillée sur mesure pour les grandes multinationales de l'agroalimentaire qui empochent la majeure partie du budget annuel colossal de la PAC, soit près de 50 milliards d'euros. L'exemple de la France est révélateur de cet énorme déséquilibre : sur les 630.000 agriculteurs que comptent encore le pays, 170.000 touchent moins de 5.000 euros par ans et 70.000. rien du tout. Par contre, 80% des aides sont captées par seulement 20% de bénéficiaires. La raison en est très simple : en France, élevages et cultures sont l'affaire d'influents lobbys agricoles qui négocient avec le Ministère, seul apte à traiter avec la Commission Européenne.
Mais les pays pauvres n'ont pas dû seulement faire face à l'insurmontable obstacle que représentent les subventions des pays développés. Ils ont également subi de plein fouet les conséquences de la chute des prix de leurs ressources essentielles. La grande majorité de ces produits de base ont connu depuis les années 1980 un effondrement sans précédent. Selon la CNUCED, entre 1977 et 2001, la chute annuelle des prix a été de 2,6% pour les denrées alimentaires, de 3,5% pour les oléagineux et les huiles et de 5,6% pour les boissons tropicales. Bien que cette tendance se soit un peu résorbée ces dernières années, la dégradation des termes de l'échange marque un manque à gagner considérable pour de nombreux pays pauvres qui ne disposent de peu, voire d'aucune autre richesse à l'exportation.
Ce processus complexe s'explique par de nombreux facteurs, dont certains sont admis, comme la fragilité des prix de ces matières premières face aux fluctuations des taux de change, et d'autres sont sujets à contestation. L'un des principaux est pratiquement reconnu par tous : le rôle néfaste joué par les ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale. En échange de prêts financiers, les pays concernés (la quasi-totalité des pays pauvres de la planète) devaient assainir leurs finances publiques. Parmi les mesures imposées : le « tout à l'exportation », sensé permettre de faire rentrer un maximum de capitaux. Le résultat obtenu fut tout le contraire : les pays pauvres inondèrent les marchés des pays développés de leurs ressources exportées, cette abondance - parfaitement inutile et évitable dans ce cas de figure - se traduisant comme toujours par une baisse de leurs valeurs. Enfin, un autre élément non négligeable est à souligner : la « financiarisation » à l'excès des matières premières, notamment alimentaires. On peut par exemple parier sur des contrats à terme - des « futures » - sans qu'il soit nécessaire in fine d'acheter de la marchandise. Cette pratique, qui avait été créée initialement pour protéger acheteurs et vendeurs des variations des cours et était réservée aux professionnels et aux acteurs directs, a finalement provoqué l'effet inverse depuis qu'elle a été ouverte aux investisseurs financiers à la fin des années 1970. Les fonds spéculatifs se sont engouffrés dans la brèche, engendrant une volatilité extrême sur les cours des matières premières : entre l'été et l'automne 2008, en pleine crise économique, le cours des matières premières a atteint des records historiques avant de s'effondrer à leur plus bas niveau depuis six ans ! L'alimentaire est devenu un terrain de chasse privilégié pour les amateurs de profits en tout genre.
Revues de presse (afficher tout)