
“ Il ne faut pas que le peuple sente la vérité de l'usurpation : elle fut autrefois introduite sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement si on ne veut qu'elle ne prenne bientôt fin. „
Pascal
vous êtes ici :
dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
Certaines grosses multinationales exercent leur talent dans le domaine pharmaceutique. Et de talent il est réellement question. Entre 1975 et 2004, les laboratoires pharmaceutiques ont développé plus de 1500 nouvelles molécules. Mais les multinationales pharmaceutiques ne s'intéressent pas aux populations non rentables. C'est ainsi que seulement 26 de ces nouvelles découvertes concernaient le traitement des maladies tropicales. Or, le sida bien sûr, mais aussi la tuberculose, la malaria ou la fièvre noire déciment des millions d'individus chaque année. Or, pour certaines de ces maladies, les remèdes existent. Et pour toutes, il existe des médicaments génériques. Dès lors, pourquoi les populations des pays pauvres sont-elles si touchées ? Il y a tout d'abord la question des dépenses de l'industrie pharmaceutique mondiale. Rien qu'en campagnes de commercialisations, elle consacre la somme annuelle de 60 milliards de dollars, soit plus du double de son budget de recherche, 10 fois les montants nécessaires annuellement pour la lutte contre le sida et près de 70 fois les sommes nécessaires à la lutte globale contre la tuberculose.
Les choix opérés par « Big Pharma » sont limpides. Mais si aujourd'hui, des millions de malades décèdent à travers le monde de maladies curables, la raison première en est toujours l'ADPIC (voir section précédente).
Premier exemple avec le sida. La pire pandémie de ce début de millénaire continue son inexorable progression avec désormais 32 millions de personnes infectées par le virus sur la planète, dont plus de 4 millions supplémentaires chaque année. La maladie a déjà emporté 22 millions de personnes depuis son apparition, les décès annuels s'élevant actuellement à plus de 2 millions. Les seuls soins un tant soit peu efficaces, les trithérapies, sont encore et toujours hors de portée de trop nombreux malades dans les pays pauvres : moins de 30% d'entre eux y ont en effet accès. En Afrique, le taux est d'à peine 20% et en Asie du Sud-Est de 16%. L'ADPIC en est naturellement la cause principale, les pays pauvres éprouvant toutes les peines du monde à distribuer des médicaments génériques pour leurs populations. Et s'ils veulent s'affranchir du parcours du combattant que représentent les licences obligatoires (clause spéciale de l'ADPIC permettant à un pays « moins avancé », membre de l'OMC, de faire appel à une entreprise fabriquant des génériques afin de copier un médicament sous brevet, sous certaines conditions), il leur faut patienter longtemps avant d'obtenir des génériques qui de toute manière restent toujours inabordables pour les malades les plus pauvres. Quant aux traitements de « deuxième ligne », dont la prise est indispensable dans la seconde phase de la maladie, ils restent toujours largement inabordables, faute de génériques disponibles et autorisés sur le marché.
La tuberculose est, après le sida, la pandémie la plus dévastatrice : 1,7 millions de personnes y ont succombé en 2005 et 1,6 millions en 2006. Les régions du monde les plus touchées restent l'Europe de l'Est, l'Afrique et la Méditerranée orientale. L'OMS s'inquiète également de l'émergence de formes ultra-résistantes aux médicaments, nées de trop nombreuses interruptions de traitements par les patients, 450.000 nouveaux cas étant recensés chaque année. Le lien avec le VIH doit également être souligné : 50% des séropositifs sont atteints de tuberculose.
Comme dans le cas du VIH, des traitements existent qui permettent de guérir de la maladie, du moins sous sa forme initiale. L'accès aux traitements pour les plus démunis est pourtant largement compromis par l'ADPIC. En dépit de l'urgence de la situation et du problème épineux que représente la version ultra-résistante de la tuberculose, les recherches actuellement menées ne sont pas à la mesure des besoins en nouveaux tests, vaccins et médicaments. Le financement de la recherche est pointé régulièrement du doigt par MSF, 200 millions de dollars étant actuellement investis alors que 100 millions seraient nécessaires rien que concernant la forme ultra-résistante et 900 millions pour la lutte globale contre la pandémie.
Sida, tuberculose, mais aussi paludisme, choléra ou fièvre noir : le scénario est à chaque fois le même. Ces cas de figures représentent le dilemme de ces populations, soumises à une double « tyrannie industrielle » : les produits officiels inabordables, ceux des entreprises pharmaceutiques qui en aucun cas ne renonceraient à leurs profits, et ceux de l'économie parallèle, dont les produits de contrefaçon, aux effets pourtant redoutables, sont largement plus abordables. Personne ne devrait mourir pour des raisons économiques, faute de pouvoir s'acheter un médicament. C'est pourtant ce qui se produit chaque minute sur notre planète.
Revues de presse (afficher tout)