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dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
Les derniers peuples indigènes de la planète, véritables mémoires vivantes de l'humanité, présentent tous une même similitude : celle d'être chassés et expropriés de leurs terres ancestrales. On estime aujourd'hui la population indigène mondiale à environ 350 millions de personnes, répartie en quelque 5.000 ethnies. Les peuplades les plus primitives, souvent les plus anciennes, sont également celles qui sont le plus en péril. Et pas seulement pour ne pas avoir su s'adapter à leur nouvel environnement. La plupart d'entre elles ont dû quitter leurs terres ancestrales, victimes des politiques d'expansion des multinationales et de leurs agissements. Shell est connu pour ses liens avec les factions militaires qui répriment les Ogoni. Petrobras a obtenu un permis d'exploitation forestière sur un gisement pétrolifère, chassant le peuple Huaorani. Les Quechua d'Equateur ont été expulsés de leur territoire ancestral pour les mêmes motifs. Au Botswana, les Gana et les Gwi ont connu la même destinée, déportés en vagues successives afin de permettre l'exploitation de leur sous-sol riche en diamants.
La disparition des peuples indigènes est en marche depuis plusieurs siècles, des conquistadors espagnols qui massacrèrent et réduisirent en esclavage les ethnies du continent sud-américain en passant par l'éradication des indiens d'Amérique, pour ne citer que les épisodes les plus tristement célèbres. Mais le XXème siècle a assurément a été le théâtre du plus grand nombre de d'exactions commises sur les peuples primitifs. Les raisons en sont souvent identiques : la volonté de repousser toujours plus loin le contrôle des ressources de la planète. Nombre d'entre elles se trouvent sur des terres qui appartiennent aux derniers peuples indigènes. Leurs destins se croisent alors : extermination, expulsion ou assimilation aux populations les entourant. Sans surprise, ce sont les activités des multinationales qui sont pratiquement à la base de toutes les exactions à leur encontre. S'ils songent à résister, les peuples indigènes s'exposent à l'élimination pure et simple. La réponse à la résistance pacifique de la tribu Ogoni, habitant le delta du Niger connu pour ses très nombreux gisements de champs pétrolifères, est devenue emblématique. Le 10 novembre 1995, cette résistance pacifique avait coûté la vie au poète ogoni Ken Saro-Wiva et à huit autres militants ogonis, condamnés par les tribunaux nigérians alors sous les ordres du dictateur Sani Abacha. et de la multinationale Shell, implantée sur le territoire ogoni.
Cruelle ironie de l'Histoire : les seuls peuples indigènes qui échapperont aux expropriations car leurs terres n'intéressent personne, comme les Inuits du Pôle Nord ou les nomades Touaregs du Sahara, sont également menacés de disparition : ils seront en effet parmi les premières grandes victimes du réchauffement climatique.
Petite lueur dans la grisaille : le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a finalement adopté en juin 2006 la déclaration des droits des peuples indigènes, en discussion depuis douze longue années au cours desquelles les groupes financiers avaient exercé une forte pression, principalement sur les délégations américaines et britanniques. Cette mesure reconnaît les droits des peuples indigènes sur leurs terres et leurs modes de vie. Elle stipule également qu'ils ne peuvent être expulsés de leurs territoires sans leur libre consentement. Reste à voir si dans les faits, elle sera réellement appliquée.
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