
“ Despote mal éclairé, le peuple souverain ne s'engoue pas pour ceux qui répandent la lumière, mais pour ceux qui l'éblouissent. „
Georges Elgozy
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dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
Bien qu'il faille toujours les prendre à titre indicatif, les données chiffrées qui permettent de mesurer l'accroissement des inégalités sont sans appel : le PNUD estimait qu'en 2005, les 500 personnes les plus riches du monde avaient un revenu combiné supérieur à celui. des 416 millions les plus pauvres. En parallèle à ces extrêmes, les 2,5 milliards d'individus vivant avec moins de 2 dollars par jour - 40% de la population mondiale - représentent à peine 5% du revenu mondial ! Contre 54% pour les 10% les plus riches. Un déséquilibre sans précédent dans l'histoire de l'humanité.
La progression des richesses continue de s'accentuer fortement pour les plus riches, ne semblant connaître aucune limite. Les capitaux détenus par les 15 personnes les plus riches du monde - majoritairement PDG ou ex-PDG de multinationales - sont supérieurs aux PIB de tous les états du monde situés au sud du Sahara. D'une manière générale, les inégalités de patrimoine sont encore plus fortes que les inégalités liées aux revenus. L'ONU publiait en décembre 2006 une étude dont les résultats se passent de tout commentaire. La moitié du patrimoine des ménages est détenue par seulement 2% de la population mondiale. À l'inverse, la moitié la plus pauvre de la population planétaire en possède seulement. 1%.
Pourtant, les inégalités ne sont plus seulement visibles entre les pays du nord et les pays du sud, mais se développent également à grande vitesse à l'intérieur même de chaque pays. Le lien entre l'inégalité croissante entre les êtres humains et l'émergence du capitalisme financier et du libre-échange est incontestable. Alors que l'écart des revenus entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres était de 30 pour 1 en 1960, il est aujourd'hui passé à 75 pour 1. Pourtant, la richesse produite au niveau planétaire, le PIB mondial, atteint des sommets inégalés : plus 44.000 milliards de dollars rien que pour l'année 2005. Mais la répartition de ses fruits est très inégale. Où qu'ils opèrent dans le monde, les opérateurs des marchés financiers s'approprient les ressources et les fortunes, ne laissant derrière eux que des miettes.
La première économie du monde en est le triste symbole. Les inégalités s'accroissent aux Etats-Unis, où désormais un américain sur huit n'arrive pas à vivre décemment. En 2007, le Top 1 % des citoyens américains les plus riches a accaparé 23,5 % des revenus, un record depuis 1928, alors que 47 millions d'américains sont dépourvus d'assurance maladie, soit 10 millions de plus en dix ans. Pire encore, un nouveau rapport du PNUD publié en octobre 2009 concluait que les États-Unis se situaient au troisième rang parmi les Etats ayant les pires inégalités de revenus, les deux premiers, Hong Kong et Singapour, étant en fait des cités-Etats et non des pays. Au Royaume-Uni, le « blairisme » aura lui aussi apporté son lot d'inégalités. 0,1% des britanniques concentrent désormais 5% du revenu national. Tony Blair laissera donc à son successeur deux pays. D'un côté, les 20% qui travaillent dans le secteur des services financiers et qui prospèrent. De l'autre, le reste d'une population en proie à une précarisation croissante, évincée d'un marché du logement constamment en hausse, affecté par une sévère baisse de la production industrielle et par une hausse du chômage à 5%, un taux très élevé pour ce pays. En réalité, il n'est pas un coin du globe qui échappe au renforcement des inégalités. Dans un rapport paru en juin 2006, le PNUD rappelait qu'en Asie - où l'augmentation annuelle de la croissance est pourtant la plus forte - le libre-échange a malgré tout aggravé les inégalités en matière de revenus. Le « miracle chinois », si souvent vanté, laisse 5% de sa population avec une dizaine de dollars par mois. La Banque Mondiale enfonce le clou avec une étude parue en novembre 2006 : le revenu réel des 10% les plus pauvres de la population chinoise a chuté de 2,4% entre 2001 et 2003, alors que dans le même temps, les 10% les plus riches ont vu leur revenu grimper de 16%.
Dans cet exemple - et plus généralement dans presque tous les cas de figure - on observe que ce sont très souvent les zones rurales qui sont les plus sévèrement touchées. Le modèle économique actuel en est là aussi la principale cause. Dans une économie de plus en plus virtuelle, où les réservoirs de main d'ouvre sont essentiels aux objectifs de rentabilité, les zones à forte concentration d'activités économiques et d'accès technologiques (les villes) supplantent totalement les zones à faible concentration (les campagnes). Alors qu'en 1950, seul 30% de la population mondiale vivait en ville, ce n'est pas un hasard si, pour la première fois dans l'existence de l'humanité, la moitié de ses membres habite désormais dans des zones urbaines.
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