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dommages « colatéraux » > les victimes de la guerre économique
À l'échelle planétaire, ce sont 1,2 milliard de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême avec moins d'un dollar par jour, et 2,8 milliards qui vivent sous le seuil de pauvreté, fixé communément à un revenu journalier inférieur à 2 dollars. Ce qui ne signifie pas que l'on échappe à la pauvreté avec 3 dollars par jour. Ni que l'on évite une manipulation des données concernant l'affichage du taux de pauvreté, celui-ci représentant pour de nombreux pays un enjeu politique de première importance pour attirer les investisseurs et faciliter l'accès aux crédits. 2,8 milliards de pauvres donc, mais au vu de ces considérations, probablement bien plus. À ces observations se rajoute aussi un facteur plutôt déroutant : les nombreuses statistiques publiées sur l'évolution de la pauvreté dans le monde sont souvent fort contradictoires. Dans ces conditions, chiffrer la pauvreté et suivre son évolution s'apparente donc à un exercice d'équilibriste. Tentons dès lors d'en retirer les tendances de fond.
Lors de la création par l'ONU de la catégorie « Pays moins avancés » en 1971, appellation pudique pour désigner les pays pauvres, on en comptabilisait 21. Aujourd'hui, alors que seul le Botswana a réussi à s'en extraire, on en compte. 50. Les politiques néo-libérales des institutions financières internationales ne sont pas étrangères à cette augmentation drastique. Si l'on se focalise par contre sur l'évolution de la pauvreté ces dernières années, on constate certaines améliorations. Le continent qui a fait incontestablement le plus de progrès à ce sujet est l'Asie, tirée par une croissance soutenue depuis l'effondrement boursier asiatique de 1997. Tout est pourtant loin d'être rose puisqu'en Asie, paradoxalement, les très pauvres le sont encore plus notamment en Chine où leur niveau de vie a baissé ces six dernières années. L'Afrique par contre stagne, avec un niveau de pauvre proportionnellement égal à sa population, donc en augmentation quantitative constante.
Contrairement aux idées reçues, le fléau ne touche pas seulement les pays pauvres mais également les pays développés. Pire même, dans certains, la pauvreté y gagne du terrain. On a tendance à l'oublier mais dans les pays industrialisés, plus de 100 millions de personnes vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté. Rien qu'aux Etats-Unis, selon un rapport du Bureau de Recensement, on évalue ce nombre à 37 millions de personnes, soit 17% de plus que sous la seconde présidence de Bill Clinton, dont 16 millions d'américains vivant dans « une pauvreté profonde et sévère ». La politique ultra-libérale de l'administration Bush n'y est évidemment pas étrangère. L'influence la plus néfaste de cette politique se ressent aussi au niveau de l'accès aux soins de santé, le nombre d'américains ne bénéficiant d'aucune assurance-santé ayant atteint les 47 millions en 2004, un record. Dans le reste des autres pays développés, en Europe et ailleurs, le nombre de pauvres fluctue, tantôt augmentant, tantôt diminuant, tantôt se maintenant à son niveau antérieur.
Finalement, les nombreux débats sur la pauvreté dans le monde occultent l'évolution réelle de la situation de la très grande majorité des individus sur la planète. Alors que les organisations, officielles ou non-gouvernementales, se battent à coup de statistiques contradictoires sur le thème de la pauvreté, une crainte supplémentaire fait son apparition, bien moins chiffrable, mais visiblement tenace : la précarité. À ce sujet, le plus interpellant est sans aucun doute un sondage inhabituel réalisé en France, en 2006, par Emmaüs. Dans ce pays classé pourtant parmi les six plus riches nations de la planète, un habitant sur deux considère comme « très possible » de devenir un jour SDF ! Seulement 17% des sondés affirment que « jamais » ils ne finiront à la rue. C'est probablement l'indication la plus nette du sentiment oppressant de précarité qui s'immisce au sein de la majorité des sociétés occidentales. La crainte, réelle ou injustifiée, de basculer vers la pauvreté n'est pas seulement révélatrice des conséquences dramatiques engendrées par les politiques économiques ultra-libérales. Elle tend paradoxalement à les renforcer, car l'appauvrissement de la population a généralement tendance à la déstabiliser, ravivant les sentiments extrémistes, populistes et nationalistes. Gardons constamment en mémoire que c'est dans des circonstances similaires que s'est développé le nazisme autrefois et qu'actuellement, le fanatisme et le populisme y puisent leur influence proportionnellement grandissante.
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