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Le nouveau créneau de la criminalité organisée
Un commerce mondial parallèle. C'est en ces termes que l'on peut qualifier la contrefaçon. Selon des estimations de l'OCDE, ce phénomène qui consiste à reproduire ou à utiliser une marque sans l'autorisation de son titulaire a évolué dans des proportions alarmantes au point de représenter aujourd'hui près de 10% du commerce mondial. Les 128 millions d'objets saisis dans l'Union Européenne en 2006 - contre 68 millions en 2000 - attestent de l'excellente santé du nouveau créneau en vogue de la criminalité organisée.
L'expansion du phénomène a ses raisons. En tout premier lieu, la responsabilité principale incombe aux politiques économiques ultra-libérales successives qui se sont acharnées durant les dernières décennies à supprimer les barrières douanières, rendant la diffusion des biens contrefaits plus faciles et les revenus qui en découlent plus lucratifs. Car la contrefaçon est étroitement imbriquée à l'économie légale mondialisée, dont elle utilise les mêmes schémas de fonctionnement : les contrefacteurs ont recours à l'externalisation et aux délocalisations afin de réduire les coûts de production. Pour la distribution, ils empruntent les grands circuits mêlant leurs marchandises aux millions d'autres, leurs transports de prédilection étant les gigantesques conteneurs. Un véritable clone.
Ensuite, l'émergence du marché intérieur chinois sur la scène économique internationale a dopé un créneau dont le pays s'est fait une spécialité : environ 30% du commerce chinois est « consacré » à la contrefaçon. La Chine qui officiellement fait preuve de bonne volonté pour enrayer le phénomène peut difficilement contrôler en permanence un territoire si vaste. Avec un tel impact sur le bilan de santé économique du pays, on peut douter de la réelle « volonté » de la Chine de se priver d'un de ses atouts économiques principaux.
Le dernier aspect, marginalisé par les institutions capitalistes, semble pourtant sauter aux yeux. La précarité grandissante de la majorité de la population mondiale augmente l'attrait pour des produits quasi-identiques aux originaux, mais qui se vendent beaucoup moins cher sur le marché. La loi de l'offre et de la demande se stimulent ainsi mutuellement.
Pour toutes ces raisons, le marché de la contrefaçon est devenu aujourd'hui largement aussi rentable que le trafic de drogue ou la contrebande de cigarettes. Ce marché parallèle représente selon l'OCDE un chiffre d'affaires mondial de l'ordre de 200 milliards de dollars. Cet essor peut aussi s'expliquer par le fait que la contrefaçon est très rémunératrice et les peines qui sont encourues plus légères, la faute à un secteur encore peu réglementé par la majorité des législations nationales. Et pourtant, bien qu'elle paraisse à première vue plus « anodine » que les autres secteurs d'activité du crime organisé, la contrefaçon représente pourtant une réelle menace. Pour les Etats tout d'abord, privés de rentrées financières (le manque à gagner est estimé entre 100 et 200 milliards de dollars) et qui dépensent des moyens de plus en plus conséquents pour contrecarrer les mafias criminelles, notamment russes et italiennes, qui ont pris le contrôle de l'écoulement et de la revente des produits contrefaits. L'emploi dans les pays développés en subit également les conséquences directes. Toujours selon l'OCDE, on estime à 100.000 les emplois perdus à cause de l'industrie du faux.
Le fléau des médicaments contrefaits
Si la majorité des produits contrefaits sont inoffensifs pour leur acheteur, il existe toutefois une exception qui prend des proportions inquiétantes : celle des médicaments contrefaits. Le secteur est devenu très prisé par les spécialistes de la contrefaçon, le marché planétaire des médicaments brassant chaque année plus de 3.000 milliards de dollars. Les préoccupations sont grandissantes en matière de santé publique, surtout dans les pays en voie de développement, dont la majorité des citoyens ne disposent pas d'un pouvoir d'achat suffisant pour se permettre les médicaments originaux. La rareté des produits génériques, protégés par l'Accord sur la Propriété des Droits Intellectuels (ADPIC) édicté par l'OMC, parachève le travail. Le résultat est un nombre croissant de décès liés à l'ingestion de médicaments contrefaits, dont les plus nocifs sont fabriqués sans le moindre scrupule avec des produits toxiques, tel le goudron ou l'antigel. À titre d'exemple, 2500 personnes décédèrent au Niger en 1995 suite à des faux vaccins contre la méningite. 89 personnes connurent le même sort à Haïti la même année, cette fois pour avoir consommé un sirop pour la toux contenant de l'antigel. Trois ans plus tard, le même produit tua trente enfants en Inde.
Le phénomène a pris une telle ampleur, qu'aujourd'hui, on s'accorde à dire que les médicaments de contrefaçon représentent de 7 à 10% du marché mondial des produits pharmaceutiques, à savoir l'équivalent de 40 milliards de dollars. Les exemples tragiques détaillés plus haut démontrent que les pays pauvres sont les première victimes de ce trafic. Le taux de médicaments contrefaits atteint ainsi 20% sans les pays de l'ex-Union soviétique et pratiquement 40% en Afrique. Les médicaments les plus contrefaits sont les antibiotiques (28% du total), devant les hormones. Les stimulants sexuels sont également largement copiés. Lequel d'entre vous aurait-il échappé à ces millions de spams ventant les mérites d'un viagra... contrefait ?
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