vous êtes ici :
thématiques > la Mer d'Aral ou le plus grand désastre écologique de tous les temps
Les fonds souverains sont des fonds d'investissement dont les revenus sont propriétés d'un Etat. Ils existent depuis les années 1950 et 1960 dans les pétromonarchies afin de recycler les recettes du pétrole (avec la création de la Kuwait Investment Authority en 1960, suivi par Abu Dhabi, Oman et Brunei), puis se sont développés successivement en Asie. Les fonds souverains sont en réalité une « appellation générique », mais qui recouvre des logiques différentes : ils se constituent soit grâce aux excédents budgétaires, dopés par les revenus du pétrole ou du gaz (pays du Golfe, Norvège, etc.) ou par les excédents commerciaux, comme en Chine, ce qui leur assure un avenir prospère, du moins à court terme. La montée en puissance des fonds souverains s'expliquent dès lors tout naturellement : les volumes d'actifs gérés sont généralement estimés entre 2.200 milliards de dollars et 2.500 milliards de dollars. Une étude Natixis évaluait même à 3.355 milliards de dollars le poids des fonds souverains à fin 2007. Soit plus que le PIB de la France et assez pour racheter toutes les entreprises du CAC40… Ils représentaient alors environ 1,3 % du total du marché des actions, obligations et dépôts bancaires, soit plus que les fonds gérés par les hedge funds.
La crise financière née en 2007, premier choc global sur l'économie mondialisée, va encore contribuer au renforcement du poids des fonds souverains. En dépit de légères pertes, principalement liées à leurs investissements malheureux dans la finance et l’immobilier, les fonds souverains ont limité la casse. En effet, à l’inverse de la situation des années 1970 et 1980, on assiste cette fois à un transfert de la propriété du capitalisme vers les pays du Sud au détriment des pays du Nord ayant financé leur croissance par la dette publique et privée. Les fonds souverains ne sont rien d'autre que le résultat de ce basculement de pouvoir vers le Sud. Car à partir du moment où la crise est apparue 2007, le besoin urgent de liquidités a balayé bien des réticences. Seuls les fonds souverains - investisseurs jusque-là plutôt discrets - étaient prêts à renflouer les géants de la finance en quasi-faillite. Fin 2007, ils avaient injecté 35 milliards de dollars dans une finance mondiale frappée par le début de la crise du « subprime ». Une véritable bouffée d'air frais pour les économies occidentales dont le système bancaire était à la fois affaibli et paralysé.
C'est le monde à l'envers. À l'heure de la mondialisation et de la « victoire des marchés », ces fonds volent à la rescousse des plus grandes institutions financières occidentales. L'Etat, cet acteur financier honni par les apôtres du libre-échange, refait surface. L'Occident, voyant dans les fonds souverains une forme d'atteinte à son leadership, a accentué ses réflexes protectionnistes. Les nouvelles « bêtes noires » de l'économie globalisée sont montrées du doigt, alors que force est de constater que les fonds souverains ont contribué à sauver de la débâcle totale le système bancaire des pays développés en apportant les crédits que « les investisseurs traditionnels » n'étaient plus à même d'apporter. Que seraient en effet devenus Citigroup sans les 7 milliards de dollars injectés par le fonds ADIA d'Abu Dhabi, ou encore la banque suisse UBS sans les 10 milliards de dollars apportés par le fonds GIC de Singapour ? Et de quel droit les pays du Sud ne pourraient-ils effectuer ce que le Nord a fait pendant des décennies quand il en avait le pouvoir : s'emparer de participations dans les multinationales et les marchés des pays du Sud ?
Il est un fait toutefois que les récentes prises de position de ces fonds ne doivent pas qu'à la pure philanthropie. Il existe deux bonnes raisons de les surveiller et, à l'instar des autres opérateurs financiers, de réguler leurs activités. La première raison est d'ordre stratégique. Si des Etats comme la Norvège, le Canada ou Singapour semblent « fiables », cela semble moins évident pour certains autres. Le « fonds de stabilisation » russe (135 milliards de dollars) est par exemple le bras armé de l'Etat-FSB en Russie. L'autre motif en est que la majorité des fonds souverains ont adopté des stratégies plus agressives, ne se contentant plus d'investir dans des produits sans risques comme les bons émis par le Trésor Américain. De la recherche de positions de contrôle dans des secteurs-clés tels que les matières premières ou l'énergie aux exigences de rendements à court terme, la capacité de nuisance des fons d'Etats peut logiquement inquiéter.
L'adoption de règles de bonne conduite pour les fonds souverains peut se concevoir, pour autant qu'on y inclue de la même manière les autres fonds d'investissements. Mais avant tout, elle devra avoir pour préalable la mise en place d'institutions de régulation de l'économie à l'échelle mondiale.
Estimation des actifs des 10 principaux fonds souverains fin 2008 (en milliards de dollars) :
Abu Shabi Investment Authority (470)
Saudi Arabia Monetary Authority (330)
Norway Pension Fund (Global) (325)
Government of Singapore (300)
Kuwait Investment Authority (240)
China Investment Authority (210)
Russian Reserve Fund (135)
Russian Wealth Fund (88)
Singapore Temasek Holdings (80)
Qatar Investment Authority (60)
Revues de presse (afficher tout)