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Les fonds de pension, nouveaux sheriffs de Wall Street

Les fonds de pension sont les organismes financiers qui gèrent l'épargne issue du système de retraite des salariés des secteurs publics ou privés en vue de constituer ou d'améliorer leurs pensions de retraite. Leurs actifs sont devenus tels qu'aujourd'hui, ils sont devenus les actionnaires les plus influents dans les milieux financiers. À la recherche de très hauts rendements, ils sont à la base de la profonde mutation du capitalisme entamée à la fin du siècle passé.

Des poids lourds de la finance
Deux modèles diamétralement opposés
Le grand paradoxe

Des poids lourds de la finance
Les fonds de pension existent depuis la fin du XIXè siècle, mais se sont principalement développés dans les pays anglo-saxons, en Scandinavie et au Japon. À titre comparatif, les actifs des fonds de pension représentaient en 2004 95% du PIB des Etats-Unis contre seulement 3% en Allemagne. Ce qui ne signifie pas pour autant que les fonds de pension n'investissent que dans leur pays d'origine. Il est de notoriété publique que les grandes entreprises françaises sont contrôlées à près de 40% par des capitaux étrangers, dont un bon nombre de fonds de pension anglo-saxons. Dans la galaxie des fonds d'investissement, qui comprend notamment les « hedge funds », les fonds de pension sont les plus puissants et les plus influents. Leur soif d'extension et de boulimie semble sans limites puisqu'à l'échelon mondial, leurs actifs cumulés sont passés en dix ans de 5.900 milliards de dollars à 15.600 milliards, soit un taux de croissance composé de 10% par an ! Ces ressources colossales représentent plus de la moitié de la capitalisation boursière de la place de New York, première bourse mondiale. En affirmant que Wall Street est sous leur contrôle, on force à peine le trait.

Deux modèles diamétralement opposés
On peut distinguer deux grands systèmes de financement des retraites dans les pays développés : celui par répartition et celui par capitalisation.

Le système de retraites par répartition, issu généralement des acquis de l'Etat-providence, est présent notamment en France et en Italie. Les entreprises et leurs employés actifs versent des cotisations qui permettent de financer la distribution des pensions de retraites à ceux qui ont quitté l'exercice professionnel. Ce système, plus consensuel, qui induit une solidarité entre générations, est à l'opposé de son pendant, le système de retraites par capitalisation. Son seul défaut est sa fragilité par rapport aux changements démographiques qui frappent les pays développés : le nombre des retraités qui augmente par rapport au nombre de salariés actifs et l'augmentation constante de l'espérance de vie. Ces deux facteurs expliquent en partie le manque d'attractivité de ce modèle qui, de plus en plus, se voit supplanter par le système de retraites par capitalisation.

Ce dernier repose par contre sur la propre épargne des salariés, à laquelle s'ajoute une contribution patronale, ayant effet pendant la période active du salarié. C'est le système des fonds de pension côtés en bourse, modèle proche des valeurs libérales et anglo-saxonnes. Du jackpot à la banqueroute, tous les scénarios sont naturellement possibles. L'insécurité sociale qui en découle est par contre identique : le salarié sait ce qu'il verse, mais ne sait pas ce qu'il va toucher. Demandez aux employés d'Enron ce qui reste de leurs pensions. Pas une miette.

Le grand paradoxe
Le débat sur les fonds de pension, on l'a vu, est indissociable du facteur démographique. Ce n'est pas un hasard si le modèle de capitalisation, jugé à tort comme plus rémunérateur (il « suffirait » d'augmenter l'âge des pensions et les cotisations versées par les entreprises pour rendre le modèle par répartition plus attractif), est en train de se substituer au modèle de répartition. Ce constat est essentiel si l'on veut réellement comprendre la profonde mutation du capitalisme.

Ainsi surgit, au nom de l'intérêt collectif, la volonté personnelle d'enrichissement. Si l'on peut légitimement estimer qu'une retraite décente fasse partie des acquis sociaux, force est de constater la perversité du système. Les fonds de pensions côtés en bourse recherchent en effet systématiquement les placements à la fois rapides et rentables (en général, les fonds de pension exigent de l'entreprise dont ils possèdent une part des rendements de l'ordre de 15%). Par leur poids financier considérable et leurs comportements hautement spéculatifs, ils alimentent l'instabilité des marchés financiers et pèsent fortement sur les politiques des entreprises dont ils rachètent une partie de la capitalisation boursière. Si aujourd'hui, les multinationales sont rivées sur le cours de leurs actions et prêtes à sacrifier tout ce qui peut l'être, des salariés aux préoccupations environnementales, c'est bien pour parvenir aux objectifs de rentabilité fixés par leurs actionnaires principaux, les fonds d'investissement. L'explication de la profonde mutation du capitalisme à laquelle nous assistons tient en très grand partie à ce phénomène.

Finalement, nous vivons l'un des plus grands paradoxes de notre temps. Si le financement des pensions est pourtant en soi un objectif à long terme, le moyen de les financer réside actuellement dans l'utilisation de stratégies. à court terme.
Le capitalisme a-t-il définitivement perdu la tête ?

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Bibliographie

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  • « Fonds de pension et marché financiers internationaux » de P.Grosjean (, 2006)
  • « Les fonds de pension : entre protection sociale et spéculation financière » de S.Montagne (Odile Jacob, 2006)
  • « L'industrie des fonds de pension » de S.Lavigne (Harmattan, 2004)
  • « Épargne salariale : l'imposture » de E. Vernier (Harmattan, 2003)
  • « Fonds de pension, piège à la con ? » de F. Lordon (Raisons d'agir, 2000)
  • « Les fonds de pension en France. Vers un nouveau mode de régulation des retraites ? » de A. Goguel d'Allondan (Harmattan, 2000)
  • « Fonds de pension et marchés financiers » de N. El Mekkaoui de Freitas (Harmattan, 1999)
  • « La comédie des fonds de pension » de J. Nikonoff (Arléa, 1999)

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