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une domination sans partage > paradis fiscaux > une anomalie de l'économie mondiale ?
Au contraire...
La plupart des mouvements contestataires s'arrêtent fréquemment aux trois institutions qui ont été détaillées plus haut. Or, d'autres institutions financières jouent un rôle clé dans la propagation intensive de l'idéologie néo-libérale : l'OCDE et les banques centrales.
Les Banques Centrales (novembre 2008)
L'Organisation de Coopération et de Développement Économique (août 2009)
Les Banques Centrales
À l'origine, les banques centrales sont nées d'initiatives étatiques, la plus ancienne étant la Banque d'Angleterre créée par charte royale en 1664. La création des banques centrales répondait alors au souhait des États de contrôler leurs émissions de monnaie. Mais, signe de l'affaiblissement des états au profit des marchés financiers, les banques centrales se sont dégagées des tutelles gouvernementales. Leurs décisions sont désormais étroitement liées aux investisseurs et au secteur de la finance.
Le rôle d'une banque centrale est de contrôler la masse monétaire en circulation pour éviter tout dérapage inflationniste (hausse des prix) ou déflationniste (baisse des prix). Son arme principale est le fameux « taux directeur » (le taux d'intérêt qu'elle fixe), dont la moindre évolution est guettée par les marchés financiers. En cas de ralentissement économique, la banque centrale peut diminuer son taux pour rendre plus attractif les investissements et faciliter le paiement des crédits et des dettes.
C'est donc un jeu d'équilibriste particulièrement délicat qu'effectuent les banques centrales. Le hic, comme on l'a dit plus haut, c'est que les banques centrales ne sont plus sous une tutelle étatique : les citoyens ont donc perdu tout contrôle sur ces institutions dont les décisions ont pourtant un impact considérable sur l'économie d'un pays ou d'une zone économique. C'est le cas de la BCE (Banque Centrale Européenne). Toute-puissante et affranchie de tout contrôle politique, sa politique est marquée par l'obsession, poussée à l'extrême, de l'inflation et du maintien de taux d'intérêts élevés.
L'Organisation de Coopération et de Développement Économique
L'Organisation de Coopération et de Développement Économique
L'OCDE est née en 1960 et regroupe aujourd'hui 30 pays, représentant le gratin des pays riches et industrialisés. L'OCDE ne concerne pas les pauvres, du reste elle ne s'en préoccupe jamais : ses salons feutrés n'accueillent que le gotha du monde économique. Et pour le rejoindre, les conditions d'adhésion ne laissent pas de place au doute : il faut s'engager au développement d'une « démocratie plurielle et d'une économie de marché ». Tout est dit, ou presque.
Dans la galaxie des institutions financières internationales, l'OCDE occupe une place prédominante. Son budget annuel est à la hauteur des efforts consentis pour promouvoir les politiques de libre-échange et de dérégulations financières : 340 millions d'euros. Depuis tout ce temps, l'organisation livre sans cesse les mêmes recettes : garantir le capital contre l'érosion monétaire, mieux rémunérer les créanciers, réduire la progressivité de l'impôt, réduire le niveau réel des coûts salariaux : aucun de ces remèdes, on l'a compris, ne s'est révélé particulièrement éprouvant pour les détenteurs de fortunes. Ainsi, dans son étude sur l'Islande publiée en 2006, l'organisation relevait que « le programme de libéralisation financière a réussi admirablement et doit être poursuivi ». L'histoire a rendu cette sentence à sa juste valeur.
Entre les rappels incessants concernant la nécessaire flexibilité des salariés (et des salaires), l'OCDE poursuit quelques combats honorables, comme la lutte contre la corruption ou contre les paradis fiscaux. Il ne s'agit toutefois que d'un combat d'arrière-garde mollement mené, les conventions en la matière n'étant nullement contraignantes pour ses signataires. Elle permet surtout à l'OCDE d'occuper le terrain et d'éviter les questions embarrassantes sur son engagement sans faille pour un capitalisme toujours plus dérégulé.
Au niveau de la lutte contre la corruption par exemple, « l'affaire BAE » est venue rappeler la parfaite inutilité d'établir des règles que l'on n'est pas obligé de respecter. Dans le souci de ne pas froisser l'Arabie Saoudite avec laquelle BAE Systems (multinationale anglaise spécialisée dans la défense et spécialiste des dessous-de-table) avait conclu un gros contrat, assorti de pots-de-vin, Tony Blair en personne a exigé et obtenu en janvier 2007 l'abandon des poursuites entamées par la justice britannique. S'indignant officiellement de cette manoeuvre, l'OCDE n'en a pas moins été dans l'incapacité de faire respecter, à l'un de ses propres membres fondateurs, ses conventions visant à lutter contre la corruption. Bel aveu d'impuissance.
Au niveau des paradis fiscaux, la tactique est la même : beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Après avoir écarté du terrain de jeu le nettement plus tenace GAFI (organisme onusien en charge de la lutte contre le blanchiment dont le combat, réel cette fois), l'OCDE publia des critères objectifs et corrects sensés déterminer les « états peu coopératifs en matière de fiscalité » - terme moins crû que « paradis fiscal » on en conviendra. Las ! Un simple engagement évita ainsi aux places financières habituellement les plus visées en matières d'évasion fiscale d'échapper à la liste noire. Quant aux quatre pays présents dans la « liste noire », ils en furent retirés dès le lendemain, après s'être engagé à faire des « efforts » en matière d'échange d'informations fiscales…
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